Perpignan - 1973

 L’observation se situe à l’occasion d’une foire agricole qui s’était tenue deux jours durant, vraisemblablement le vendredi 28 décembre 1973. Sur les indications des témoins, hésitants sur la date, nous avons pu retrouver un article de la « une » du quotidien local « L’Indépendant » qui mentionne bien l’observation dans la région, du même phénomène. Outre qu’elle s’intègre dans la grande vague française de 1973-1974, elle présente donc l’intérêt de s’inscrire dans le cadre d’une mini vague locale.

A mi-chemin du chemin du Mas Bresson en direction du sud, non loin du cimetière du Sud à Perpignan, sur l’emplacement actuel d’un centre équestre non encore bâti à l’époque des faits, les témoins, M. JC., trente-cinq ans, son épouse, Mme J., vingt-neuf ans et leur fils S. âgé de 7 ans, circulent à bord d’une Citroën DS. Les environs sont déserts, il s’agit d’une petite route de campagne bordée de champs et d’une seule maison de maître, face au lieu de l’observation, dénommée « Les hirondelles ». La nuit est tombée et bien qu’il y ait eu un peu de pluie la veille et que la nuit fut assez sombre, la visibilité était excellente et le ciel dégagé.

Les témoins rentrent donc à leur domicile après avoir fait l’acquisition d’un taille-haie électrique à une foire agricole de Perpignan. Ils situent l’observation entre 19h30 et 20h30. A un moment, l’attention des parents, M. JC. et Mme J., est attirée par les exclamations de leur fils S. qui depuis la banquette arrière, tape sur l’épaule de sa mère en lui disant : « Maman, il y a une soucoupe volante, il y a un ovni ! ».

Agacée, Mme J. finit par regarder par la fenêtre de son véhicule et aperçoit alors, comme son mari et son fils, un « gigantesque disque », immobile dans le ciel, d’une couleur que les témoins décrivent comme blanc-vert phosphorescent, « comme un ver luisant » selon Mme J., une luciole selon S. La lumière vive qui émane du phénomène forme un halo phosphorescent autour de la forme circulaire, laquelle n’éblouit pas les yeux des témoins qui ne se souviennent pas si la campagne alentours s’en trouvait éclairée. S’ils ne peuvent observer, de leur position, la partie supérieure de l’objet, la partie inférieure leur semble légèrement bombée. L’objet semble parfaitement circulaire. Les témoins ne peuvent observer ni sa forme, ni son épaisseur, ni même s’il est constitué d’une matière solide reconnaissable. Les lieux sont déserts, durant tout le temps de leur observation les témoins n’apercevront personne. Sans sortir de leur véhicule, de crainte qu’il ne leur arrive quelque chose, les parents coupent le moteur et observent le phénomène durant un temps qu’ils estiment compris entre cinq et dix minutes. Le fils S. est plus fasciné qu’apeuré par la manifestation.

Le disque n’émet pas le moindre mouvement, il semble totalement immobile lorsque les parents observent le phénomène. S. quant à lui l’a observé quelques centaines de mètres et quelques secondes auparavant. L’objet se situait alors à droite de la route et S. affirme l’avoir vu se déplacer lentement jusqu’à la position qui sera la sienne au moment de son départ. Les témoins affirment n’avoir constaté aucun effet sur eux-mêmes, ni sur la DS. M. JC. tentera d’actionner ses phares par intermittences, dans le but d’obtenir une réaction, mais l’ovni n’en aura aucune.

Ce qui frappe les témoins, c’est la taille du phénomène. Les témoins l’estiment, tout en émettant de sérieuses réserves sur leur capacité à estimer cette altitude, comme comprise entre cent cinquante et deux cent cinquante mètres de diamètre. Le fils, S. indique quant à lui avec certitude que l’objet dans le ciel présentait un diamètre apparent d’environ cinquante centimètres et qu’il se trouvait dans le second temps de l’observation, visible à un angle de 30 degrés par rapport à la position des témoins. L’altitude de l’objet en vol stationnaire leur semble être comprise entre 600 mètres et un kilomètre, même si les témoins reconnaissent volontiers qu’ils ont pu mal l’estimer, eu égard aux proportions de l’ovni. Même s’il est situé beaucoup plus en hauteur, Mme J. mentionne le fait qu’ils avaient presque l’impression de pouvoir le toucher tant l’ovni occupait l’essentiel de la vision qu’ils pouvaient avoir du ciel.

Durant l’observation, les témoins échangent peu, stupéfaits par ce qu’ils observent mais se souviennent avoir sciemment décidé de rester pour observer le phénomène et s’être demandé s’ils étaient eux-mêmes observés par l’ovni et ses éventuels occupants.

Enfin, au bout de quelques temps et sans que ce déplacement n’entraîne le moindre bruit (bang supersonique ou autre) ou déplacement d’air, l’ovni s’envole horizontalement en direction du sud-ouest et du proche massif du Canigou à une vitesse lente dans un premier temps en direction du massif du Canigou au sud-ouest. Pendant ce déplacement, S. a le temps d’apercevoir deux autres ovnis circulaires, en tout points similaires à l’ovni principal quoi que beaucoup plus petits, encadrer le premier à égale distance, les trois ovnis étant tous deux munis d’une courte traînée conique, rougeâtre et effilée. Dès le départ du phénomène, M. JC. redémarre son véhicule pour dépasser une haie de cyprès qui bouche sa vision mais l’ovni s’est propulsé à l’horizon en une fraction de seconde et les témoins observent un point lumineux en mouvement au loin. Ils peuvent donc affirmer que l’objet s’est bien déplacé et ne s’est pas volatilisé ou dématérialisé.

Les témoins choisiront tout d’abord de ne pas partager leur observation mais ils ont l’occasion d’en parler le lendemain avec un voisin qui fait part, en des termes vifs, de son scepticisme à l’égard des observations d’ovnis dans la région que relate le quotidien « L’indépendant ».

L’édition du 29 décembre 1973 du journal local « L’Indépendant » fait effectivement mention de l’observation d’un phénomène similaire observé dans l’Hérault et dans les Pyrénées-Atlantiques. La couleur, « tirant sur le vert », (l’article fait mention du halo lumineux « vert bleuté », de la « traînée verdâtre » qui accompagnent l’ovni) confirment l’observation de M. JC., Mme J. et du jeune S.

indep_29_12_1973

indep2_29_12_1973

Dans une édition ultérieure de « L’Indépendant », en date du 3 janvier 1974, on trouve de nouveau mention de ce phénomène. L’ovni observé dans les Pyrénées Orientales, à Céret, Villemolaque et Arles sur Tech, y est décrit ainsi : « Un petit objet ovoïde, d’un blanc intense et entouré d’un halo lumineux blanc. Il laissait échapper une traînée d’un bleu verdâtre visible dans le ciel ».

indep3_03_01_1974

Ces phénomènes, quoique manifestement observés à plus grande distance par les témoins cités dans la presse que par M. JC., Mme J. et le jeune S., semblent bien renvoyer au même phénomène.

Mme J. me fait part du fait que les réactions de son entourage l’amenèrent à ne plus vraiment parler de cette observation. Elle précise que celle-ci a conforté une croyance au phénomène « soucoupes volantes » qui était déjà la sienne avant cette observation. Les témoins sont des travailleurs acharnés, qui n’ont guère de temps à accorder à la lecture. Pour autant, ils connaissent comme chacun en 1973 le phénomène ovni, Mme J. et son fils S. ayant acheté et lu à l’époque un livre ufologique, dont ils ne se souviennent plus de la référence. Le fils S. se souvient d’avoir suivi les émissions de Jean-Claude Bourret sur France-Inter. Leur intérêt pour la SF est quasi nul. Aucun des témoins n’avait absorbé d’alcool, de drogues ou de médicaments de quelque nature que ce soit au moment des faits. Cette observation a suscité chez les témoins à la fois une immense stupeur teintée de crainte pour les parents, beaucoup de curiosité et une certitude personnelle sur l’existence matérielle des ovnis.

Les points saillants de cette observation sont les suivants :

- l’observation est collective. Si les témoins appartiennent à la même famille, les schémas mentaux, l’univers culturel des parents et de leur jeune fils de huit ans sont très différents. En outre, les témoins ne se signalent ni par une pratique assidue de la moindre religion ou philosophie, ni par un intérêt notable pour la question des ovnis qu’ils n’ignorent pas comme tous leurs contemporains.

- Les dimensions de l’objet comme la durée significative de l’observation excluent une confusion avec une cause triviale.

- Comme dans de nombreuses observations, l’objet est totalement silencieux y compris lorsqu’il atteint une vitesse manifestement supersonique.

- D’autres d’observations d’ovnis ont eu lieu à peu près au même moment dans les jours qui précédaient leur observation. Les témoins furent rassurés de savoir que d’autres avec eux avaient aperçu quelque chose.

- Les lieux sont déserts, une seule bâtisse à proximité et des champs. Aucune zone industrielle ou commerciale ni terrain militaire ou d’aviation proche ne pourrait apporter un élément de réponse quant à une confusion, que les dimensions de l’ovni excluent catégoriquement par ailleurs.

L’observation peut être décomposée en 4 phases, telles que figurant sur la carte :

Phase 1 : L’ovni est aperçu par S. une centaine de mètres avant la phase d’immobilisation du phénomène. L’objet se situe (en haut à gauche du plan) au dessus d’un champ, à droite du véhicule qui roule alors sur le chemin du Mas Bresson.

Phase 2 : L’ovni se déplace en direction du Sud-Est jusqu’à atteindre la position mentionnée en phase 3. Le déplacement qui dure à peine quelques secondes, n’est perçu que par le jeune S., ses parents ne s’apercevant de la présence du phénomène qu’en phase 3.

Phase 3 : Le phénomène est aperçu par M. JP et Mme J. qui stoppent leur véhicule pour l’observer. L’ovni reste immobile durant un temps significatif, 5 à 10 mn.

CARTE_28_12_1973

Coordonnées géographiques supposées du phénomène en phase 3.
42° 39’ 40.21’’ N - 2° 52’ 24.43’’ - Altitude : 356 mètres 

Phase 4 : Le phénomène se déplace lentement en direction du Sud-Ouest. Apparition des deux petites sphères qui encadrent l’ovni principal et de la traînée conique de couleur rougeâtre, puis, à peine quelques secondes après le démarrage du point situé en phase 3, envol à une vitesse exceptionnelle en direction du massif du Canigou.

Rétro-enquête par Thibaut CANUTI