15 février 2015

Droit de réponse de l'auteur du livre "Démons et merveilles du Canigou"

Demons_et_Merveilles_du_Canigou

Je suis l’auteur de ce livre et je viens de découvrir le compte-rendu de Pascal Guillaumes. Je conclus à sa lecture que je dois des excuses et quelques explications supplémentaires puisque Pascal Guillaumes met en lumière les ombres de la position que je tiens dans le livre par souci de rester « scientifique » sur le sujet de son excellent blog (ce sujet, on l’a compris, n’occupe qu’un chapitre de Démons et merveilles du Canigou). Que veuillent donc bien m’excuser ceux que mes observations sur la littérature ufologique pourraient blesser. Je vais essayer de clarifier mon « blougi boulga », pour reprendre l’expression de Richard :

1) La connaissance rationnelle (la science est par définition une connaissance rationnelle) est un mode de connaissance parmi d’autres. Il a ses avantages comme le savent tous ceux qui ne prennent pas une corde le soir pour un serpent, ou ceux qui utilisent les outils et les machines à notre disposition au quotidien, depuis la cuillère en bois jusqu’à l’avion, en passant par la canne à pêche et le réfrigérateur ; je parle autrement dit de tous les humains.

2) La raison est ce qui, dans l’intelligence humaine (ou éventuellement extraterrestre), lui permet de distinguer (temporairement) entre l’impossible, le plausible et le certain. On peut ne pas être préoccupé par ce genre de question. Par exemple dans ce livre, je ne fais pas œuvre de romancier (ce que j’aime faire aussi), j’essaie seulement d’avoir une démarche scientifique sans affirmer que c’est le seul point de vue possible sur la vie. L’amour est-il pour la plupart d’entre nous une démarche scientifique ? Non, et pour beaucoup d’entre nous heureusement ! De plus, j’approfondis cette démarche dans une direction bien précise, qui est celle du folklorisme étudié dans une perspective historique (l’histoire des croyances si l’on veut). Je ne fais donc pas un travail d’ufologue au sens où certains lecteurs l’entendent peut-être. L’ufologue stricto sensu est libre de trouver utile ou non mon travail pour le sien.

3) D’ailleurs, je vais être plus clair encore sur ce point. Je n’ai pas écrit dans le livre que l’hypothèse de visiteurs extraterrestres sur notre planète pour expliquer de nombreux témoignages étonnants relevait de l’impossible (et l’on peut me reprocher ce flou). Pour moi, d’un point de vue qui se veut scientifique c’est-à-dire, il faut le reconnaître, pour l’ensemble de l’humanité à ce jour, cette idée relève du plausible. Cela ne remet pas en question l’expérience de ceux qui ont très sincèrement vécu une expérience de rencontre du 3ème type. Je comprends leur sentiment de solitude. Ceux qui ont dit les premiers que la terre tournait autour du soleil ont eu le même sentiment.

4) Comme vous l’écrivez vous-même sur ce blog avec beaucoup d’honnêteté, 99% (je vous fais confiance pour le chiffre que l’on ne va pas discuter au dixième près) des vidéos d’ovnis trouvées sur internet sont des trucages ou des méprises. Or le folkloriste fait des rapprochements qui permettent d’expliquer le succès populaire et certains détails de ces récits : par leurs caractéristiques (en tant que récits et rien de plus, car ce ne sont pas tous des rapports de gendarmerie ou des comptes-rendus scientifiques), un grand nombre de ces témoignages ressemblent fortement aux histoires mythiques ou légendaires traditionnelles (mots dont j’explique le sens dans l’introduction du livre et auxquels je ne rattache aucun « mépris rationaliste », comme je l’explique aussi tout au long de l’ouvrage). Pour le dire autrement, le folkloriste, quand il s’associe à l’historien des croyances (c’est plus facile avec le même cerveau, et le mien ne cherche vraiment pas à « en mettre plein la vue »), explique pourquoi, si l’on a vu des E.T. il y a 500 ans ou plus (ce qui est pour moi plausible), on ne pouvait pas les appeler extraterrestres, parce que ce mot et toutes ses références culturelles et techniques (la littérature de SF, la navigation spatiale, etc.) n’existaient pas à l’époque : on les appelait donc forcément dieux ou démons ou peut-être même fées, dracs, simiots, fantômes, etc. D’ailleurs, en matière de « démons », je suis un homme qui a « directement vu la belette » pour reprendre votre expression, comme je le raconte aux pages 260-261 du livre, ce qui ne m’empêche pas de réfléchir rationnellement à ce qu’il pourrait y avoir vraiment derrière ce mot et mes propres expériences. Même si je rencontrais un extraterrestre, lui et moi n’aurons pas la réponse à toutes les questions que se pose la science dans différents domaines. Par exemple, qu’est-ce que la conscience ? Quel sens a cette rencontre pour moi (et pour lui) dans cette brève existence qui est la nôtre en tant qu’êtres singuliers dans ce cosmos ? Etc.

5) J’espère que toutes ces clarifications montrent à quel point que je ne suis nullement un « zététiste » (au sens que je donne à ce mot, le même, visiblement, que pour Pascal Guillaumes). Je crois que la science doit être très humble et aussi complexe que possible (complexe dans le sens contraire à simplificatrice), c’est-à-dire que la pensée scientifique ne doit pas être une pensée purement binaire. Il n’y a pas le vrai et le faux d’après ce que moi je crois avoir compris de ce qui est impossible ou certain. Je crois même avoir expliqué clairement dans Démons et merveilles du Canigou que tout point de vue scientifique a ses limites, à cause de l’époque où il s’inscrit bien sûr, mais surtout à cause de la part de subjectivité qui entre forcément selon moi dans toute quête de la vérité objective sur bien des sujets. Mon livre n’échappe donc pas à la règle. C’est bien pour cela que je préfère parler d’hypothèse plausible plutôt que de réalité possible (terme neutre, et qu’on peut percevoir légitimement comme condescendant). La science trie ses hypothèses de recherche en fonction de motivations qui ne sont sans doute jamais aussi neutres que le croient le chercheur et sa communauté. L’attitude prudente que je défends et que j’ai peut-être mal expliquée dans le livre est pour moi celle qui fait le mieux avancer la science (et surtout l’espèce humaine grâce à elle !). J’apprécie justement le blog OVNI66 parce que c’est l’attitude qui guide avec évidence son éditeur et rédacteur en chef.

Merci beaucoup pour cet échange ! Avec ma sincère amitié,
Olivier Rimbault (Perpignan, le 15 février 2015)

Ce droit de réponse est un complément de l'article :
Démons et Merveilles du Canigou, un ouvrage "conte instable" d'Olivier Rimbault

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